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Décidé à en finir au plus vite, Choiseul préparait un déploiement de forces considérable. S'occupant personnellement du Ministère de la Guerre, dirigeant de très près tous les services, il enverra de minutieuses et fréquentes instructions pour la conduite des opérations.
Conditions de réussite

Un chef
Chauvelin ayant été relevé de son commandement,
le ministre se devait de choisir un chef énergique et expérimenté.
Par un billet daté du 19 janvier 1769, Choiseul convoque
le lieutenant-général Noël Jourda de Vaux.
En grand secret, il désire l'entretenir "d'un projet
relatif à la Corse", en le priant de donner à
son voyage un prétexte quelconque, qui ne fasse pas croire
que la Corse en est l'objet.
Si nous croyons le chevalier de Lenchères, la nomination
de ce nouveau général fit une très grande
sensation, tant sur les troupes que dans le pays. Paoli en prit
une nouvelle occasion de chercher à persuader aux peuples
les mauvaises intentions de la France à leur égard,
puisqu'elle choisissait pour leur faire la guerre le plus cruel
des hommes et celui dont la haine particulière contre les
Corses était la plus forte et la plus connue. Il leur dit
qu'il n'épargnerait ni âge, ni sexe, qu'ainsi le
seul espoir de salut qu'il leur restât était dans
leur courage et leur résistance.
Une mission
Dès lors qu'il eut accepté un commandement qui n'était pas sans risques, Choiseul fixe le but de l'opération. La mission est claire: En finir rapidement avec la rébellion et soumettre la Nation corse à l'obéissance. Pour atteindre ce but, il fallait se rendre maître au plus vite de la Corse entière, pour la désarmer et la pacifier, par tous les moyens. Je désire bien sincèrement, écrivait Choiseul, que vos opérations aient dans le début le succès qu'elles doivent avoir (...) Quand une fois vous aurez commencé, je vous prie pour le bien en général et pour la " politique " en particulier, de mettre la plus grande activité dans l'expédition. La politique! Cest bien ce qui préoccupait le plus le Premier ministre. Il ne voulait, pas manquer son effet vis-à-vis de l'Europe et principalement de l'Angleterre qui rôdait de plus en plus autour de la Corse.
Des moyens
Fixé sur sa mission, le général de Vaux
arrête avec le ministre un plan d'opérations. Il
demande les forces nécessaires et suffisantes. Prévoyant,
Choiseul, et avant même quil n'eut désigné
le commandant en chef, déjà prescrit, dès
le 14 janvier, à l'intendant Chardon, de procéder
à l'organisation matérielle de l'armée de
Corse: Vous voilà instruit, monsieur, du nombre de troupes
qui vont se trouver en Corse pendant la campagne prochaine et
devez le Considérer sur le pied de vingt quatre mille hommes
au complet. Vous sentez que le nombre d'officiers et dindividus
en général qui seront à la suite de ce corps
sera considérable et quil doit fixer toute votre
attention pour que vivres de toute espèce ne manquent pas,
surtout en farines blanches et en viande.
Le général de Vaux se rend à Toulon et surveille
lui-même les opérations d'embarquement de quinze
nouveaux bataillons d'infanterie, de nouveaux cavaliers, de compagnies
du génie et surtout d'une artillerie formidable.
Parmi les moyens, le général de Vaux ne dédaigna
pas l'arme psychologique.
A peine débarqué en corse, de Vaux convoque tous
les généraux et officiers d'état-major. Après
les avoir longuement regardés, il leur tient ce langage
d'une voix difficile et laconique: Messieurs, le Roi ma
chargé de vous dire qu'il est mécontent de son armée
dont plusieurs de ses officiers ont eu la lâcheté
de signer des capitulations. Je défends qu'à l'avenir
aucun officier en détachement se serve de plume et de papier.
Le roi a singulièrement désapprouvé la suspension
darmes ; cest une tâche imprimée
sur nos drapeaux, jespère que nous parviendrons à
la laver.
Quelques jours plus tard, les habitants de l'île sont avisés,
par ordre du roi, de la conduite qu'il compte tenir à leur
égard pour arriver à la pacification. Tout acte
d'hostilité dont se rendront coupables des habitants non
" soutenus extérieurement par un corps de gens armés"
amènera l'incendie des villages, le ravage des biens, l'emprisonnement
puis la déportation en France. Seront réputés
brigands et comme tels envoyés aux galères, les
habitants qui, armés, n'ayant pas fait leur soumission
seront pris seuls ou en petit nombre sans être porteurs
d'un ordre écrit de leurs commandants et éloignés
du corps de leurs habitants.
Toute soumission, au contraire, permettra de participer aux grâces
que Sa Majesté est disposée d'accorder à
tous ceux qui le méritent par une soumission volontaire.
Intentions du commandement
Arrivé à Saint Florent, le 9 avril au matin, après une traversée des plus mauvaises, le commandant cri chef compte entreprendre les opérations sans tarder. Il procède immédiatement au remaniement du dispositif que Marbeuf avait mis en place lorsqu'il assurait l'intérim. Il installe ce que nous appellerions des "bases opérationnelles" où seront ordonnés des établissements "et dirigés les approvisionnements". A Ajaccio, pour huit bataillons, à Calvi pour deux et à Bastia pour vingt huit bataillons.
Choiseul avait fait tenir à de Vaux le mémoire rédigé par Dumouriez, qui occupait alors les fonctions d'aide maréchal-général des logis en corse, ce qui correspondrait aux fonctions de souschef d'Etat-major. Ce mémoire de quinze pages, dénote une connaissance exacte de la Corse. Le plan d'opérations suggéré ne différait pas sensiblement de celui adopté par de Vaux. Pour l'un comme pour l'autre, Corte est bien l'objectif principal à atteindre, pour être considéré comme la métropole de la rébellion et le sortit central de l'île où il faut arriver... le plus court de tous les rayons qui y aboutissent partant de la circonférence et celui qui offre en même temps le moins d'obstacles part du point d'Aléria. De Vaux sait par expérience que ce n'est point en bataillant sur le littoral qu'on peut espérer soumettre l'île; aussi estime-t-il que la réunion des troupes dans la partie de Bastia et du Nebbio laisse quatre directions principales pour arriver sur le centre :
1 ère direction : Déborder par l'ouest, la Caccia,
et arriver par Ponte Leccia.
2 ème direction : Descendre par le littoral, Aleria, et
remonter vers Corte.
3 ème direction : Déboucher sur la Casinca et, par
Campile, foncer vers l'ouest.
4 ème direction : Forcer le passage du Golo à Ponte
Novo.
Forces en présence
Du côté français :
Fin avril, au moment d'entrer en campagne, le général
de Vaux disposait de 19 régiments d'infanterie, soit 38
bataillons, 10 compagnies du Corps Royal d'artillerie, équivalent
à la moitié de l'artillerie de toute l'armée
française. A ces unités venaient s'ajouter 2 légions
et les compagnies du génie. Soit un total de 22 000 hommes,
auxquels il faut ajouter un certain nombre de volontaires corses.
Les régiments d'infanterie étaient composés
de un à deux bataillons, exceptionnellement de quatre,
comme le régiment de la marine. Le fantassin était
armé d'un fusil à baïonnette d'un pistolet
et d'un couteau de chasse.
La légion comprenait 17 compagnies à effectifs,
renforcés, soit 1 compagnie de fusiliers, 8 compagnies
de dragons, de 596 fantassins et 212 cavaliers. Le dragon était
armé de deux pistolets, un mousqueton et un sabre.
L'artillerie était, depuis 1765, équipée
de canons Gribeauval. En corse furent employés les calibres
de 12, 8 et 4, encore que les deux premiers fussent limités
à un exemplaire chacun. Le calibre correspondait au poids
du projectile estimé en livres. Lartillerie lourde
de 24 et de 16 nintervint jamais. Le gros de l'artillerie
qui opéra en Corse était composée de canons
"à la Rostaing" du nom de son inventeur. Ce système
d'artillerie de montagne fut utilisé pour la première
fois, en Corse. Equipée d'affût-traîneaux,
elle était portée à dos de mulets. Le grand
inconvénient de cette artillerie, encore au stade de l'expérimentation,
a consisté dans la difficulté d'avoir des mulets
dressés et des muletiers suffisamment adroits à
cet emploi. Le génie était équipé
d'un matériel de pont sur chevalets.
On a beaucoup parlé des volontaires corses. Leur nombre a été singulièrement grossi. On a été jusqu'à avancer le nombre de 5 000. Leur rôle dans la dernière phase de la bataille de Ponte Novo a été considérablement majoré. D'après un pointage méticuleux des journaux de marche des Armées du Roi, il en a été relevé exactement 1 080, dont 600 à Ajaccio. Ces derniers avaient été recrutés principalement parmi les Grecs de Paomia. La confusion avec les volontaires de l'armée est flagrante. De Vaux tira un certain nombre de volontaires des compagnies de chasseurs et des régiments. Sous le nom de Volontaires de larmée, il forma un corps d'environ 1 000 hommes, divisé en trois bataillons et placé aux ordres de Viomesnil. Sa mission était comparable à celle des commandos ou unités de choc des armées actuelles.
Du côté corse :
Depuis la mobilisation générale décrétée par la consulte tenue au couvent de Casinca, le 15 avril, les Corses, toutes forces confondues, disposaient de 20 000 hommes en armes. Composées essentiellement de fantassins, elles bénéficiaient du concours de deux compagnies de Prussiens, déserteurs de larmée française. Leur armement de base était composé de fusils anglais. Plus longs que les fusils français, ils offraient un certain avantage lors des charges à la baïonnette. L'artillerie se limitait à quelques pièces capturées à Borgo et qui ne servirent pratiquement pas. Malgré des offres allemandes, Pascal Paoli ne voulut pas de cavalerie.
Position des Français
Au 23 avril 1769, les troupes françaises étaient réparties de la façon suivante.
| 1. La Marine, La Marck, Médoc, La Marche, Buckeley, Roscommon, 150 volontaires corses, un détachement de dragons, un détachement d'artillerie. | Saint FlorentBarbaggio/Oletta |
| 2. Tournaisis, Soissonnais, Rouergue, Eptingen, Corps Royal. | BigugliaBastia |
| 3. Champagne, Aquitaine, Légion de Soubise, Volontaires de larmée. | Près de Bastia |
| 4. Languedoc, Royal Italien | Brando/Nonza |
| 5. Bourgogne, détachement d'artillerie, 130 volontaires corses | Calvi |
| 6. Bretagne, Roussillon, Provence, Anhalt, un détachement du Corps Royal, 600 volontaires corses | Ajaccio |
| 7. 300 hommes du Corps Royal d'artillerie | Bonifacio |
Du 25 au 30 avril, tous les régiments cantonnés au Nord de la Corse sont mis en mouvement. Après avoir neutralisé le Cap corse, par la prise d'otages, de Vaux concentre l'essentiel de son armée dans la plaine d'Oletta. A partir du 28, la garnison de Bastia va camper en avant de Furiani, sur le chemin d'Oletta. Sous la conduite de M. de Boufflers, Champagne et Aquitaine, une partie de l'infanterie de Soubise et les Volontaires de larmée passent dans le Nebbio.
DE VAUX : LOFFENSIVE
Parmi les quatre directions qui avaient été proposées, c'est la quatrième qui fut imposée par Choiseul. Le général de Vaux va donc mettre son dispositif en place en vue du franchissement du Golo à Ponte Novo.
JOURNÉE DU 1er MAI
De Vaux dispose son armée en ordre de bataille, orientée vers le Sud.Au centre, les régiments Champagne, la Marine, Aquitaine, Languedoc, Tournaisis, Eptingen. son aile droite, vers l'Ouest, campent Rouergue et Médoc, aux ordres d'Arcambal. En avant de la Marine et sur sa gauche, les Volontaires de larmée aux ordres de Viomesnil. Très à l'Est, l'aile gauche, aux ordres de Marbeuf, se porte sur les hauteurs du Bevinco, en avant de Biguglia, avec les régiments Soissonnais, La Marche, Uckley, Roscommon, cent chevaux et une partie de la légion de Soubise, auxquels s'adjoignent deux pièces d'artillerie de calibre 4.
JOURNÉE DU 2 MAI
La mise en place du dispositif se poursuit avec le Royal Italien, mis devant la Marine et, La Marck en avant d'Eptingen. Près du couvent d'Oletta 50 chevaux de Soubise et une grande partie de son infanterie. On procède à la construction de petites redoutes et de retranchements. Le nouveau chemin de Bastia à Saint Florent n'est toujours pas terminé. Lartillerie est attendue pour le soir même.
JOURNÉE DU 3 MAI
Le canon de 8 et le canon de 12 arrivent enfin au camp du général de Vaux. L'ordre de bataille de l'armée s'articule définitivement de la façon suivante :
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(aile droite) 3 bataillons 80 cavaliers 250 volontaires corses |
20 bataillons disposés en 2 colonnes 10 pièces dartillerie |
(aile gauche) 5 bataillons 134 cavaliers 100 volontaires |
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3 bataillons de Volontaires de l'Armée + 50 dragons |
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3 779 hommes |
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La première colonne, aux ordres de Boufflers formait division avec le corps d'Arcambal; la deuxième colonne aux ordres d'Escouloubre, formait division avec le corps de Marbeuf.
JOURNÉE DU 4 MAI
Languedoc se pose sur hauteur à gauche d'Olmeta, précédé par 100 volontaires de Viomesnil. Les Corses contre-attaquent sur Arcambal en vue de dominer par le haut le poste français de Monti Alti. Les Volontaires et Languedoc les en délogent. La légion de Lorraine en réserve à Saint Florent est amenée à proximité d'Oletta. Dans l'après-midi, Marbeuf envoie tous ses chevaux et 300 grenadiers et chasseurs dans la plaine de Borgo, et jusque sur les bords du Golo.
JOURNÉE DU 5 MAI
Au point du jour, de Vaux déclenche l'offensive générale sur l'ensemble du front. L'axe de marche : la chapelle de San Nicolao. Sur la droite, d'Arcambal qui a reçu en renfort deux bataillons et deux pièces de 4, passe la crête qui sépare Pieve de Rapale, précédé par les 250 Volontaires Corses. Presque tous originaires du Nebbio, ils avaient pour guide Boccheciampe d'Oletta. Sur la gauche, les Volontaires de l'Armée et la légion de Soubise s'infiltrent avec deux canons entre Vallecalle et Rapale. Au centre, 16 bataillons et deux canons de 4 marchent un peu en arrière sous les ordres du maréchal de camp d'Escouloubre . En une matinée, les principales défenses du Nebbio tombent. Le soir, l'armée bivouaque à San Nicolao où est installé un camp retranché. Le même jour, Marbeuf, parti d'Ortale, enlève Borgo et pousse ses détachements au-delà du Golo. -
JOURNÉE DU 6 MAI
Poursuite des travaux de laménagement du camp retranché. La pieve de Bigorno fait sa soumission.
JOURNÉE DU 7 MAI
De Vaux se rend en personne vers Lento avec des forces considérables. Les villages de Santo Pietro, San Gavino et Sorio font leur soumission. Les 500 Balanins qui tiennent les débouchés du col de Tenda sont bousculés par le régiment du Rouergue. De Vaux établit son quartier général à Lento. Les troupes s'installent tout autour, à la chapelle San Cipriano au Sud-Est, à la chapelle San Cervone au Nord-Est, et plus au Sud, sur une crête entre Canavaggia et Costa.
JOURNÉE DU 8 MAI
Persuadés que les Français allaient s'engager vers Ponte Novo, la plus grande partie des milices corses avait pris position sur la rive droite du Golo. Un gros détachement, 2 000 hommes environ, est posté à Ponte Novo sous les ordres de Gentili, un autre de 1 000 hommes avec Gaffori attend à Ponte Leccia. L'intention des Corses est de faire abandonner par les Français le camp de Lento au cours de la journée du 8 mai. L'attaque devait être menée par trois colonnes de 1 200 hommes chacune, poussant dans trois directions :
1re direction : Les Balanins devaient prendre de flanc l'aile
droite de De Vaux, en déboulant du col de Tenda.
2e direction : Attaquer sur la gauche en prenant Lento, par les
hauteurs situées à l'Est du village.
3e direction : Lancer en partant de Ponte Novo une attaque frontale
contre Lento.
Vers 10 heures du matin, les 1 200 Balanins, partis de Pietralba, tentent de s'emparer du poste de San Giacomo di Tenda.
Il sont repoussés par l'arrivée de renforts successifs. Au début de l'après-midi, 2000 Corses passent le Golo à Ponte Novo sans être aperçus. A 14 heures, la première colonne attaque vigoureusement les Volontaires de larmée, établis à la chapelle San Cipriano et y sème quelque panique, avec un début de déroute.
De Vaux qui venait de terminer son déjeuner, se rendait en inspection à San Cipriano à ce moment précis. Désirant se rendre compte par lui-même de la situation, il ne peut atteindre les positions de la légion de Soubise installée au-dessus de Canavaggia. Le camp de San Cervone est immédiatement mis en état d'alerte. Six compagnies de grenadiers et de chasseurs sont envoyées à la Croix de Lento, sur le sommet de la montagne qui surplombe Canavaggia. Le reste va renforcer la légion de Soubise. Ce groupement se porte au Sud de Costa afin de prendre les Corses de flanc et leur interdire le passage du Golo. Pendant ce temps, les Volontaires se ressaisissent et, appuyés par deux bataillons de la Marine arrivés en renfort, passent à la contre-attaque. Le groupement d'Escouloubre composé de la légion de Soubise, renforcée par quatre compagnies de chasseurs et de grenadiers du régiment de Champagne, foncent sur Ponte Novo, baïonnette au canon, ils poussent dans le Golo tous ceux qui veulent tenter de passer le pont ou le défendre.
C'est là qu'intervient la confuse affaire du pont. Celui-ci avait été barré par une sorte de redoute de pierres sèches, formant chicane. La garde en était assurée par une compagnie de Prussiens commandés par un Corse. Est-ce trahison, comme on l'a avancé sans preuve, ou mauvaise interprétation des consignes, ou leur application rigide, à la prussienne? Toujours est-il que les Prussiens ouvrirent le feu, semant panique et confusion.
Le chevalier de Lenchères conclut le récit de
cet épisode en ces termes: Ce moment coûta cher aux
Corses. La nuit en sauva beaucoup qui étaient restés
sur la rive gauche de la rivière, dans les rochers et dans
les broussailles et qui eurent la liberté de passer le
pont du Golo, nos troupes s'étant alors retirées.
Au cours de cette action, il y eut du côté français quatre officiers tués ou décédés des suites de leurs blessures, cinquante à soixante soldats ou bas officiers (officiers subalternes) tués ou blessés. Les pertes des Corses furent denviron deux cents tués ou noyés. Le général de Vaux les estime à cinq cents hommes.
Tous les témoignages s'accordent pour rendre hommage au courage individuel des Corses et à leur héroïsme dont l'honneur est resté intact, en ce 8 mai 1769.
Mais tant de sang versé ne put conjurer le résultat final. Le général de 'Vaux pouvait écrire à Choiseul : " La désolation est dans les familles d'en Deçà des Monts. Le bruit court que c'est le dernier puissant effort de Paoli ".
Cette journée vit la chute de la corse indépendante. Et Voltaire pouvait écrire à l'occasion de ce combat : Le courage des Corses fut si grand que vers une rivière nommée Golo ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart.
On ne voit de telles actions que chez les peuples libres...
Ici s'arrête l'histoire et commence la légende sur laquelle rêvera le jeune Bonaparte. Et les générations futures se prendront à répéter avec la mélancolie de Grégorovius :
L'infelice battaglia di Ponte Novo fu combattuta al 8 maggio 1769 e in quel giorno il popolo corso perdete libertà e independenza !