LA BATAILLE (1er au 8 mai 1769)


 

Décidé à en finir au plus vite, Choiseul préparait un déploiement de forces considérable. S'occupant personnellement du Ministère de la Guerre, dirigeant de très près tous les services, il enverra de minutieuses et fréquentes instructions pour la conduite des opérations.

Conditions de réussite

Un chef

Chauvelin ayant été relevé de son commandement, le ministre se devait de choisir un chef énergique et expérimenté. Par un billet daté du 19 janvier 1769, Choiseul convoque le lieutenant-général Noël Jourda de Vaux. En grand secret, il désire l'entretenir "d'un projet relatif à la Corse", en le priant de donner à son voyage un prétexte quelconque, qui ne fasse pas croire que la Corse en est l'objet.
Si nous croyons le chevalier de Lenchères, la nomination de ce nouveau général fit une très grande sensation, tant sur les troupes que dans le pays. Paoli en prit une nouvelle occasion de chercher à persuader aux peuples les mauvaises intentions de la France à leur égard, puisqu'elle choisissait pour leur faire la guerre le plus cruel des hommes et celui dont la haine particulière contre les Corses était la plus forte et la plus connue. Il leur dit qu'il n'épargnerait ni âge, ni sexe, qu'ainsi le seul espoir de salut qu'il leur restât était dans leur courage et leur résistance.

Une mission

Dès lors qu'il eut accepté un commandement qui n'était pas sans risques, Choiseul fixe le but de l'opération. La mission est claire: En finir rapidement avec la rébellion et soumettre la Nation corse à l'obéissance. Pour atteindre ce but, il fallait se rendre maître au plus vite de la Corse entière, pour la désarmer et la pacifier, par tous les moyens. Je désire bien sincèrement, écrivait Choiseul, que vos opérations aient dans le début le succès qu'elles doivent avoir (...) Quand une fois vous aurez commencé, je vous prie pour le bien en général et pour la " politique " en particulier, de mettre la plus grande activité dans l'expédition. La politique! C’est bien ce qui préoccupait le plus le Premier ministre. Il ne voulait, pas manquer son effet vis-à-vis de l'Europe et principalement de l'Angleterre qui rôdait de plus en plus autour de la Corse.

Des moyens

Fixé sur sa mission, le général de Vaux arrête avec le ministre un plan d'opérations. Il demande les forces nécessaires et suffisantes. Prévoyant, Choiseul, et avant même qu’il n'eut désigné le commandant en chef, déjà prescrit, dès le 14 janvier, à l'intendant Chardon, de procéder à l'organisation matérielle de l'armée de Corse: Vous voilà instruit, monsieur, du nombre de troupes qui vont se trouver en Corse pendant la campagne prochaine et devez le Considérer sur le pied de vingt quatre mille hommes au complet. Vous sentez que le nombre d'officiers et d’individus en général qui seront à la suite de ce corps sera considérable et qu’il doit fixer toute votre attention pour que vivres de toute espèce ne manquent pas, surtout en farines blanches et en viande.
Le général de Vaux se rend à Toulon et surveille lui-même les opérations d'embarquement de quinze nouveaux bataillons d'infanterie, de nouveaux cavaliers, de compagnies du génie et surtout d'une artillerie formidable.
Parmi les moyens, le général de Vaux ne dédaigna pas l'arme psychologique.
A peine débarqué en corse, de Vaux convoque tous les généraux et officiers d'état-major. Après les avoir longuement regardés, il leur tient ce langage d'une voix difficile et laconique: Messieurs, le Roi m’a chargé de vous dire qu'il est mécontent de son armée dont plusieurs de ses officiers ont eu la lâcheté de signer des capitulations. Je défends qu'à l'avenir aucun officier en détachement se serve de plume et de papier. Le roi a singulièrement désapprouvé la suspension d’armes ; c’est une tâche imprimée sur nos drapeaux, j’espère que nous parviendrons à la laver.
Quelques jours plus tard, les habitants de l'île sont avisés, par ordre du roi, de la conduite qu'il compte tenir à leur égard pour arriver à la pacification. Tout acte d'hostilité dont se rendront coupables des habitants non " soutenus extérieurement par un corps de gens armés" amènera l'incendie des villages, le ravage des biens, l'emprisonnement puis la déportation en France. Seront réputés brigands et comme tels envoyés aux galères, les habitants qui, armés, n'ayant pas fait leur soumission seront pris seuls ou en petit nombre sans être porteurs d'un ordre écrit de leurs commandants et éloignés du corps de leurs habitants.
Toute soumission, au contraire, permettra de participer aux grâces que Sa Majesté est disposée d'accorder à tous ceux qui le méritent par une soumission volontaire.

Intentions du commandement

Arrivé à Saint Florent, le 9 avril au matin, après une traversée des plus mauvaises, le commandant cri chef compte entreprendre les opérations sans tarder. Il procède immédiatement au remaniement du dispositif que Marbeuf avait mis en place lorsqu'il assurait l'intérim. Il installe ce que nous appellerions des "bases opérationnelles" où seront ordonnés des établissements "et dirigés les approvisionnements". A Ajaccio, pour huit bataillons, à Calvi pour deux et à Bastia pour vingt huit bataillons.

Choiseul avait fait tenir à de Vaux le mémoire rédigé par Dumouriez, qui occupait alors les fonctions d'aide maréchal-général des logis en corse, ce qui correspondrait aux fonctions de souschef d'Etat-major. Ce mémoire de quinze pages, dénote une connaissance exacte de la Corse. Le plan d'opérations suggéré ne différait pas sensiblement de celui adopté par de Vaux. Pour l'un comme pour l'autre, Corte est bien l'objectif principal à atteindre, pour être considéré comme la métropole de la rébellion et le sortit central de l'île où il faut arriver... le plus court de tous les rayons qui y aboutissent partant de la circonférence et celui qui offre en même temps le moins d'obstacles part du point d'Aléria. De Vaux sait par expérience que ce n'est point en bataillant sur le littoral qu'on peut espérer soumettre l'île; aussi estime-t-il que la réunion des troupes dans la partie de Bastia et du Nebbio laisse quatre directions principales pour arriver sur le centre :

1 ère direction : Déborder par l'ouest, la Caccia, et arriver par Ponte Leccia.
2 ème direction : Descendre par le littoral, Aleria, et remonter vers Corte.
3 ème direction : Déboucher sur la Casinca et, par Campile, foncer vers l'ouest.
4 ème direction : Forcer le passage du Golo à Ponte Novo.

Forces en présence

Du côté français :
Fin avril, au moment d'entrer en campagne, le général de Vaux disposait de 19 régiments d'infanterie, soit 38 bataillons, 10 compagnies du Corps Royal d'artillerie, équivalent à la moitié de l'artillerie de toute l'armée française. A ces unités venaient s'ajouter 2 légions et les compagnies du génie. Soit un total de 22 000 hommes, auxquels il faut ajouter un certain nombre de volontaires corses. Les régiments d'infanterie étaient composés de un à deux bataillons, exceptionnellement de quatre, comme le régiment de la marine. Le fantassin était armé d'un fusil à baïonnette d'un pistolet et d'un couteau de chasse.
La légion comprenait 17 compagnies à effectifs, renforcés, soit 1 compagnie de fusiliers, 8 compagnies de dragons, de 596 fantassins et 212 cavaliers. Le dragon était armé de deux pistolets, un mousqueton et un sabre.
L'artillerie était, depuis 1765, équipée de canons Gribeauval. En corse furent employés les calibres de 12, 8 et 4, encore que les deux premiers fussent limités à un exemplaire chacun. Le calibre correspondait au poids du projectile estimé en livres. L’artillerie lourde de 24 et de 16 n’intervint jamais. Le gros de l'artillerie qui opéra en Corse était composée de canons "à la Rostaing" du nom de son inventeur. Ce système d'artillerie de montagne fut utilisé pour la première fois, en Corse. Equipée d'affût-traîneaux, elle était portée à dos de mulets. Le grand inconvénient de cette artillerie, encore au stade de l'expérimentation, a consisté dans la difficulté d'avoir des mulets dressés et des muletiers suffisamment adroits à cet emploi. Le génie était équipé d'un matériel de pont sur chevalets.

On a beaucoup parlé des volontaires corses. Leur nombre a été singulièrement grossi. On a été jusqu'à avancer le nombre de 5 000. Leur rôle dans la dernière phase de la bataille de Ponte Novo a été considérablement majoré. D'après un pointage méticuleux des journaux de marche des Armées du Roi, il en a été relevé exactement 1 080, dont 600 à Ajaccio. Ces derniers avaient été recrutés principalement parmi les Grecs de Paomia. La confusion avec les volontaires de l'armée est flagrante. De Vaux tira un certain nombre de volontaires des compagnies de chasseurs et des régiments. Sous le nom de Volontaires de l’armée, il forma un corps d'environ 1 000 hommes, divisé en trois bataillons et placé aux ordres de Viomesnil. Sa mission était comparable à celle des commandos ou unités de choc des armées actuelles.

Du côté corse :

Depuis la mobilisation générale décrétée par la consulte tenue au couvent de Casinca, le 15 avril, les Corses, toutes forces confondues, disposaient de 20 000 hommes en armes. Composées essentiellement de fantassins, elles bénéficiaient du concours de deux compagnies de Prussiens, déserteurs de l’armée française. Leur armement de base était composé de fusils anglais. Plus longs que les fusils français, ils offraient un certain avantage lors des charges à la baïonnette. L'artillerie se limitait à quelques pièces capturées à Borgo et qui ne servirent pratiquement pas. Malgré des offres allemandes, Pascal Paoli ne voulut pas de cavalerie.

Position des Français

Au 23 avril 1769, les troupes françaises étaient réparties de la façon suivante.

1. La Marine, La Marck, Médoc, La Marche, Buckeley, Roscommon, 150 volontaires corses, un détachement de dragons, un détachement d'artillerie. Saint FlorentBarbaggio/Oletta
2. Tournaisis, Soissonnais, Rouergue, Eptingen, Corps Royal. BigugliaBastia
3. Champagne, Aquitaine, Légion de Soubise, Volontaires de l’armée. Près de Bastia
4. Languedoc, Royal Italien Brando/Nonza
5. Bourgogne, détachement d'artillerie, 130 volontaires corses Calvi
6. Bretagne, Roussillon, Provence, Anhalt, un détachement du Corps Royal, 600 volontaires corses Ajaccio
7. 300 hommes du Corps Royal d'artillerie Bonifacio

Du 25 au 30 avril, tous les régiments cantonnés au Nord de la Corse sont mis en mouvement. Après avoir neutralisé le Cap corse, par la prise d'otages, de Vaux concentre l'essentiel de son armée dans la plaine d'Oletta. A partir du 28, la garnison de Bastia va camper en avant de Furiani, sur le chemin d'Oletta. Sous la conduite de M. de Boufflers, Champagne et Aquitaine, une partie de l'infanterie de Soubise et les Volontaires de l’armée passent dans le Nebbio.

DE VAUX : L’OFFENSIVE

Parmi les quatre directions qui avaient été proposées, c'est la quatrième qui fut imposée par Choiseul. Le général de Vaux va donc mettre son dispositif en place en vue du franchissement du Golo à Ponte Novo.

JOURNÉE DU 1er MAI

De Vaux dispose son armée en ordre de bataille, orientée vers le Sud.Au centre, les régiments Champagne, la Marine, Aquitaine, Languedoc, Tournaisis, Eptingen. son aile droite, vers l'Ouest, campent Rouergue et Médoc, aux ordres d'Arcambal. En avant de la Marine et sur sa gauche, les Volontaires de l’armée aux ordres de Viomesnil. Très à l'Est, l'aile gauche, aux ordres de Marbeuf, se porte sur les hauteurs du Bevinco, en avant de Biguglia, avec les régiments Soissonnais, La Marche, Uckley, Roscommon, cent chevaux et une partie de la légion de Soubise, auxquels s'adjoignent deux pièces d'artillerie de calibre 4.

JOURNÉE DU 2 MAI

La mise en place du dispositif se poursuit avec le Royal Italien, mis devant la Marine et, La Marck en avant d'Eptingen. Près du couvent d'Oletta 50 chevaux de Soubise et une grande partie de son infanterie. On procède à la construction de petites redoutes et de retranchements. Le nouveau chemin de Bastia à Saint Florent n'est toujours pas terminé. L’artillerie est attendue pour le soir même.

JOURNÉE DU 3 MAI

Le canon de 8 et le canon de 12 arrivent enfin au camp du général de Vaux. L'ordre de bataille de l'armée s'articule définitivement de la façon suivante :

 

DE VAUX
 

 

 ARCAMBAL
(aile droite)
3 bataillons
80 cavaliers
250 volontaires corses

 Corps de l'Armée
20 bataillons
disposés en
2 colonnes
10 pièces dartillerie

 MARBEUF
(aile gauche)
5 bataillons
134 cavaliers
100 volontaires

 =

 =

 =

 1 916 hommes

 8 175 hommes

 2 738 hommes
     
 

 Avant-garde
3 bataillons de
Volontaires de l'Armée
+ 50 dragons
 
 

 =
 
 

 950 hommes
 

 

 Total général :
3 779 hommes
 

La première colonne, aux ordres de Boufflers formait division avec le corps d'Arcambal; la deuxième colonne aux ordres d'Escouloubre, formait division avec le corps de Marbeuf.

JOURNÉE DU 4 MAI

Languedoc se pose sur hauteur à gauche d'Olmeta, précédé par 100 volontaires de Viomesnil. Les Corses contre-attaquent sur Arcambal en vue de dominer par le haut le poste français de Monti Alti. Les Volontaires et Languedoc les en délogent. La légion de Lorraine en réserve à Saint Florent est amenée à proximité d'Oletta. Dans l'après-midi, Marbeuf envoie tous ses chevaux et 300 grenadiers et chasseurs dans la plaine de Borgo, et jusque sur les bords du Golo.

JOURNÉE DU 5 MAI

Au point du jour, de Vaux déclenche l'offensive générale sur l'ensemble du front. L'axe de marche : la chapelle de San Nicolao. Sur la droite, d'Arcambal qui a reçu en renfort deux bataillons et deux pièces de 4, passe la crête qui sépare Pieve de Rapale, précédé par les 250 Volontaires Corses. Presque tous originaires du Nebbio, ils avaient pour guide Boccheciampe d'Oletta. Sur la gauche, les Volontaires de l'Armée et la légion de Soubise s'infiltrent avec deux canons entre Vallecalle et Rapale. Au centre, 16 bataillons et deux canons de 4 marchent un peu en arrière sous les ordres du maréchal de camp d'Escouloubre . En une matinée, les principales défenses du Nebbio tombent. Le soir, l'armée bivouaque à San Nicolao où est installé un camp retranché. Le même jour, Marbeuf, parti d'Ortale, enlève Borgo et pousse ses détachements au-delà du Golo. -

JOURNÉE DU 6 MAI

Poursuite des travaux de l’aménagement du camp retranché. La pieve de Bigorno fait sa soumission.

JOURNÉE DU 7 MAI

De Vaux se rend en personne vers Lento avec des forces considérables. Les villages de Santo Pietro, San Gavino et Sorio font leur soumission. Les 500 Balanins qui tiennent les débouchés du col de Tenda sont bousculés par le régiment du Rouergue. De Vaux établit son quartier général à Lento. Les troupes s'installent tout autour, à la chapelle San Cipriano au Sud-Est, à la chapelle San Cervone au Nord-Est, et plus au Sud, sur une crête entre Canavaggia et Costa.

JOURNÉE DU 8 MAI

Persuadés que les Français allaient s'engager vers Ponte Novo, la plus grande partie des milices corses avait pris position sur la rive droite du Golo. Un gros détachement, 2 000 hommes environ, est posté à Ponte Novo sous les ordres de Gentili, un autre de 1 000 hommes avec Gaffori attend à Ponte Leccia. L'intention des Corses est de faire abandonner par les Français le camp de Lento au cours de la journée du 8 mai. L'attaque devait être menée par trois colonnes de 1 200 hommes chacune, poussant dans trois directions :

1re direction : Les Balanins devaient prendre de flanc l'aile droite de De Vaux, en déboulant du col de Tenda.
2e direction : Attaquer sur la gauche en prenant Lento, par les hauteurs situées à l'Est du village.
3e direction : Lancer en partant de Ponte Novo une attaque frontale contre Lento.

Vers 10 heures du matin, les 1 200 Balanins, partis de Pietralba, tentent de s'emparer du poste de San Giacomo di Tenda.

Il sont repoussés par l'arrivée de renforts successifs. Au début de l'après-midi, 2000 Corses passent le Golo à Ponte Novo sans être aperçus. A 14 heures, la première colonne attaque vigoureusement les Volontaires de l’armée, établis à la chapelle San Cipriano et y sème quelque panique, avec un début de déroute.

De Vaux qui venait de terminer son déjeuner, se rendait en inspection à San Cipriano à ce moment précis. Désirant se rendre compte par lui-même de la situation, il ne peut atteindre les positions de la légion de Soubise installée au-dessus de Canavaggia. Le camp de San Cervone est immédiatement mis en état d'alerte. Six compagnies de grenadiers et de chasseurs sont envoyées à la Croix de Lento, sur le sommet de la montagne qui surplombe Canavaggia. Le reste va renforcer la légion de Soubise. Ce groupement se porte au Sud de Costa afin de prendre les Corses de flanc et leur interdire le passage du Golo. Pendant ce temps, les Volontaires se ressaisissent et, appuyés par deux bataillons de la Marine arrivés en renfort, passent à la contre-attaque. Le groupement d'Escouloubre composé de la légion de Soubise, renforcée par quatre compagnies de chasseurs et de grenadiers du régiment de Champagne, foncent sur Ponte Novo, baïonnette au canon, ils poussent dans le Golo tous ceux qui veulent tenter de passer le pont ou le défendre.

C'est là qu'intervient la confuse affaire du pont. Celui-ci avait été barré par une sorte de redoute de pierres sèches, formant chicane. La garde en était assurée par une compagnie de Prussiens commandés par un Corse. Est-ce trahison, comme on l'a avancé sans preuve, ou mauvaise interprétation des consignes, ou leur application rigide, à la prussienne? Toujours est-il que les Prussiens ouvrirent le feu, semant panique et confusion.

Le chevalier de Lenchères conclut le récit de cet épisode en ces termes: Ce moment coûta cher aux Corses. La nuit en sauva beaucoup qui étaient restés sur la rive gauche de la rivière, dans les rochers et dans les broussailles et qui eurent la liberté de passer le pont du Golo, nos troupes s'étant alors retirées.

Au cours de cette action, il y eut du côté français quatre officiers tués ou décédés des suites de leurs blessures, cinquante à soixante soldats ou bas officiers (officiers subalternes) tués ou blessés. Les pertes des Corses furent d’environ deux cents tués ou noyés. Le général de Vaux les estime à cinq cents hommes.

Tous les témoignages s'accordent pour rendre hommage au courage individuel des Corses et à leur héroïsme dont l'honneur est resté intact, en ce 8 mai 1769.

Mais tant de sang versé ne put conjurer le résultat final. Le général de 'Vaux pouvait écrire à Choiseul : " La désolation est dans les familles d'en Deçà des Monts. Le bruit court que c'est le dernier puissant effort de Paoli ".

Cette journée vit la chute de la corse indépendante. Et Voltaire pouvait écrire à l'occasion de ce combat : Le courage des Corses fut si grand que vers une rivière nommée Golo ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart.

On ne voit de telles actions que chez les peuples libres...

Ici s'arrête l'histoire et commence la légende sur laquelle rêvera le jeune Bonaparte. Et les générations futures se prendront à répéter avec la mélancolie de Grégorovius :

L'infelice battaglia di Ponte Novo fu combattuta al 8 maggio 1769 e in quel giorno il popolo corso perdete libertà e independenza !